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L'enseignement public en crise au Maroc

2 Novembre 2009, 12:26pm

Publié par claire salles

 

Aujourd’hui au Maroc, un million et demi d’enfants ne vont pas à l’école et 225 000 quittent le primaire chaque année. Sur 100 enfants inscrits en primaire, seulement 13 ont des chances d’obtenir leur baccalauréat ! Le système scolaire marocain est en pleine crise et malgré des efforts, le taux d’analphabétisme était encore de 34% en 2008, faisant du Maroc la lanterne rouge des pays du Maghreb.

 

Il y a 10 ans, l'Etat marocain avait lancé une Charte nationale de l’Education et de la Formation qui avait insufflé de grands espoirs. Son but avoué était de réformer le système éducatif pour « offrir aux enfants du Maroc les conditions nécessaires à leur éveil et à leur épanouissement ». Cette Charte a permis une certaine évolution : 86% des Marocains sont officiellement scolarisés, et la parité garçons/filles serait atteinte, tous cycles confondus.


Mais en 2006, le tout nouveau Conseil Supérieur de l’Enseignement évalue le système éducatif marocain et son constat est sévère : trop d’enfants quittent l’école en cours de scolarité sans aucun diplôme, le niveau académique reste faible et les langues non maitrisées. L’absentéisme des élèves et des professeurs, les classes surchargées (45 à 50 élèves), la mauvaise qualité des infrastructures (75% des écoles n’ont pas d’eau potable, 80% n’ont pas de sanitaires et 2/3 pas d’électricité), les moyens quasi inexistants de l’école rurale sont également pointés du doigt par le Conseil. L’effort financier actuel entrepris dans l’équipement des établissements scolaires n’est pas accompagné d’un budget pour leur maintenance et leur entretien.

 

Le système éducatif marocain souffre de dysfonctionnements structurels. Seuls 6% des parents sont satisfaits de la scolarité de leurs enfants. La consigne étant de faire passer tous les élèves en classe supérieure quelque soit leur moyenne pour pouvoir accueillir de nouveaux élèves, le niveau scolaire baisse régulièrement. Les enseignants, souvent accusés de tous les maux, dénoncent le manque de ressources, de reconnaissance, les mauvaises conditions de travail : le manque de fournitures et d’équipements, les infrastructures délabrées, les classes surchargées à plusieurs niveaux, les élèves indisciplinés, l’éloignement des écoles dans les campagnes… etc Tout cela explique l’absentéisme et la démotivation des professeurs, qui complètent souvent leur trop faible salaire par des cours dans le privé.

Pourtant, le budget de l’éducation nationale consomme 25% du budget national et 6% du PIB du pays ! Alors comment expliquer cet état des lieux ?

 

Pour certains, la question linguistique est à la base de la médiocrité de l’enseignement. En effet, depuis les années 1970, le Maroc a opté pour une politique d’arabisation de l’ensemble du système scolaire, tandis que le français reste la langue d’enseignement à l’université. Beaucoup d’étudiants ne pouvant suivre les cours dans cette langue sont contraints d’arrêter leurs études. L’arabisation n’aurait fait que creuser les inégalités.

Le Maroc comprend en effet quatre systèmes éducatifs différents :

-         les établissements des missions étrangères, privés et hors du contrôle de l’Etat (écoles française, espagnole, américaine…) sont très chers donc réservés aux classes socioprofessionnelles les plus aisées,

-          les établissements privés sont encouragés par l’Etat car ils offrent une éducation d’une certaine qualité à ceux qui peuvent payer,

-          les écoles publiques urbaines parviennent à sauver la face des responsables,

-          les écoles publiques rurales ou périurbaines sont dans un état catastrophique et ne jouent pas leur rôle éducatif.

 

Dans ce système à deux vitesses, le principe de l’égalité des chances n’est pas respecté et seuls les enfants issus de familles relativement aisées ont des chances de poursuivre leurs études après le Baccalauréat.

 
L’enseignement privé a profité du marasme du système public et fonctionne actuellement à plein régime. Si sa part dans l’enseignement général n’est que de 8%, sa popularité est largement répandue dans les familles marocaines : dans les écoles privées en effet, les classes sont limitées à 25 élèves, les enfants sont moins indisciplinés, et surtout les professeurs disposent de matériel indispensable pour travailler correctement. Les élèves y apprennent deux programmes : le programme étatique et le programme français, ce qui impose une forte pression sur les enfants dès le primaire. Les parents déboursent entre 800 et 2000 Dirhams (80 à 200 euros) par mois pour la scolarité, un vrai sacrifice pour ceux disposant de moyens modestes. Mais ils donnent ainsi la chance à leur progéniture de pouvoir poursuivre leurs études après le baccalauréat.

La Mission française, dont le fameux lycée Lyautey de Casablanca, est également plébiscitée par les parents marocains et accueille 28 000 élèves, dont les 2/3 sont autochtones.

 

L’enseignement public marocain manque d’un système d’évaluation efficace fondé sur des critères mesurables. Les citoyens n’osent pas jouer leur rôle d’évaluateurs et ne s’impliquent pas suffisamment pour faire changer les choses. Les méthodes d’apprentissage et la pédagogie, basées sur le cours magistral, ont besoin d’être modernisées. Enfin, une meilleure gestion des ressources financières permettrait de transformer les coûts de la non-qualité du système éducatif (un manque à gagner estimé à plus de 15 milliards de dirhams par an !) en source de financement de l’enseignement public marocain.

 

Le Ministère de l’Education Nationale souhaite accélérer le rythme de la réforme à travers la réhabilitation du métier d’enseignant et un nouveau Plan d’urgence s’applique depuis septembre. Il prévoit l’augmentation du nombre d’enseignants pour assurer la scolarité des enfants jusqu’à l’âge de 15 ans, la construction d’écoles et d’internats, la distribution de 7000 cartables, et une aide sociale pour les transports, la restauration et la distribution de fournitures. Son évaluation est prévue dès 2010.


En attendant, la société civile s'efforce de pallier aux carences de l'Etat. L'association Zakoura Education propose des programmes de scolarisation spéciaux pour les enfants des campagnes marocaines (L'école à la carte ). Saâdia Serghini a créé en 2005 la première cellule d'écoute au sein d'un établissement public, puis l'Association Nationale d'Aide aux Elèves en difficulté.  Cette professeure de philosophie engagée préconise la création d'internats pour lutter contre l'abandon scolaire, la baisse des effectifs en classe pour améliorer la qualité de l'enseignement, l'allègement des programmes scolaires et surtout la revalorisation des enseignants, qui devraient être parties prenantes de la réforme de l'enseignement marocain.

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