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Etre une femme au Maroc aujourd'hui

20 Février 2010, 14:34pm

Publié par claire salles

 

Depuis son intronisation en 1999, le roi Mohammed VI veut faire du développement économique et social du Maroc sa priorité. C’est dans cette perspective qu’il entreprend en 2004 le remaniement des cadres juridiques de son pays, et notamment celui du Code de la Famille, appelé Moudawana. Ce nouveau code de la Famille vise à changer en profondeur le statut des femmes marocaines, en créant une nouvelle vision des rapports conjugaux, fondés désormais sur l’égalité homme/femme. Une vraie révolution dans un pays traditionnellement machiste…

 

Les nouveaux textes en vigueur depuis cinq ans permettent désormais à une femme de transmettre son nom et sa nationalité à son enfant né de père inconnu. Auparavant, cet enfant restait sans état civil.

L’institution du mariage devient un contrat légal et durable entre un homme et une femme - l’homosexualité reste un délit au Maroc - dans lequel les époux assurent conjointement la direction du foyer. Alors que l’ancien code plaçait la famille sous la seule direction du mari, cette innovation est une vraie révolution !

Le nouveau Code de la Famille interdit le mariage des mineures, même si dans les faits 12% des Marocaines de 15 à 19 ans sont mariées. Elle permet aux jeunes filles de s’affranchir du wali ou tuteur pour choisir leur conjoint, bien que la pression familiale et surtout paternelle reste encore forte. La bigamie a désormais un caractère exceptionnel et doit faire l’objet d’une autorisation judiciaire préalable. Le divorce légal remplace la répudiation discrétionnaire et l’enfant est confié en priorité à la mère en cas de séparation, tandis qu’une obligation alimentaire et de logement pèse sur le père.

Cette nouvelle Moudawana rompt ainsi avec une logique de tutelle et livre une nouvelle vision des rapports conjugaux.

L’épineux problème de la succession reste cependant non réglé par les nouveaux textes : une femme marocaine continue à n’hériter que de la moitié de la valeur héritée par son frère.

 

Si ce nouveau cadre juridique bouleverse la condition des Marocaines sur le papier, dans la pratique les mentalités peinent à évoluer, comme l'illustrent plusieurs films marocains récents. L’application des nouveaux textes législatifs rencontre de nombreuses difficultés : le manque de communication accentué par l’analphabétisme important (40%), le poids de la religion et de la tradition familiale sont des freins puissants au changement.
Il y a cependant quelques avancées incontestables.


Aujourd’hui, l’âge du mariage recule au Maroc comme en Europe : 27 ans pour les filles, 31 pour les garçons. Les femmes marocaines célibataires sont de plus en plus nombreuses, surtout dans les villes. Cependant rares sont celles qui assument pleinement cette situation en vivant seules : leur indépendance est fortement limitée par la sphère sociale et la pression familiale et religieuse. Le port du voile se généralise chez les jeunes filles et la virginité avant le mariage garde une grande importance psychologique et symbolique.

Grâce au planning familial, le taux de fécondité a chûté,  passant en 30 ans de 7,4 à 2,3 enfants par femme. Si la contraception se généralise, l'avortement demeure illégal et toute grossesse hors mariage est punie par la loi de 6 mois de prison. Les mères célibataires sont encore trop nombreuses - 5000 par an à Casablanca - et rejetées par leur famille autant que par la société.

 

Légalement plus affranchies des hommes dans la sphère privée, les femmes sont aussi encouragées par les nouveaux textes à investir l’espace public. En effet, le Code du Travail réformé en 2003 a introduit le principe de non discrimination hommes/femmes au travail, la reconnaissance du harcèlement sexuel, la codification du travail des employées de maison. Actuellement, les femmes ne représentent que 27% des actifs au Maroc (contre 50% en Europe) et restent plus nombreuses en milieu rural (32%). La place du travail informel est encore très importante. Peu à peu libérée par la loi, la femme reste prisonnière de son image et le maintien des stéréotypes est alimenté par les médias.

 
Les Marocaines, qui ont le droit de vote depuis 1962, sont entrées en politique grâce à un système de quotas. Elles sont actuellement 7 femmes ministres, et 34 députées (environ 10% des sièges) au Maroc, ce qui place le pays seulement au 7ème rang des pays arabes en matière de représentation féminine.

 


S’il est un domaine où les Marocaines sont très présentes, c’est celui du monde associatif. On compte au Maroc près de 40 000 associations qui œuvrent dans tous les domaines. C’est dans le social, la santé et l’éducation que les femmes sont les plus actives, espérant initier des changements que l’Etat marocain peine à obtenir.

 



Sur le terrain, les transformations de la société marocaine suivent deux vitesses : les comportements traditionnels se maintiennent en milieu rural, tandis que l’évolution vers l’émancipation des femmes est plus perceptible en milieu urbain. On assiste à une sorte de course contre la montre entre les modernistes et les fondamentalistes qui investissent les campagnes.

En ce début de XXIème siècle, le Maroc est à la croisée des chemins : entre un jeune roi visionnaire qui veut lancer son pays vers une modernité à l’occidentale et l’influence croissante d’une religion conservatrice, tout est possible pour ce pays en pleine rupture. La place des femmes dans la société peut s’avérer déterminante pour la direction que prendra le Maroc dans les prochaines années. Si elles se prennent en main, soutenues par un nouveau cadre législatif  qui leur est favorable, elles sont à même de faire pencher la balance.

 

 

 


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