Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Maroc, un pays riche aux habitants pauvres

18 Décembre 2009, 12:23pm

Publié par claire salles

 

Gisements miniers, artisanat remarquable, capacités touristiques certaines, infrastructures conséquentes… beaucoup de pays envient au Maroc ses richesses. Avec un PIB par habitant de 4300 dollars environ, une inflation maîtrisée à 3% et un taux moyen de croissance de 5% depuis 10 ans, le Maroc est actuellement la 5ème puissance africaine et fait partie des pays émergents. Le pays a toujours su profiter de sa double façade maritime, et le nouveau port de Tanger Med devrait devenir le plus grand port africain en matière de transport de marchandises.  

Malgré ses performances économiques encourageantes, le pays se trouve seulement à la 126ème place sur 174 de l’indice pour le développement humain (IDH) de l’ONU en 2008 . Selon la Banque mondiale, un Marocain sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 1$ par jour. Près de la moitié de la population adulte est encore analphabète, surtout les femmes, et le taux de scolarisation reste insuffisant (
L'enseignement public marocain en crise ).
Le pays vit un développement à deux vitesses avec un fort contraste ville/campagne et la présence d’une économie souterraine dans tous les secteurs d’activité. Résultat : le Maroc est un pays riche, mais ses habitants sont pauvres.

 

Première richesse du pays : les phosphates, dont le Maroc possède les ¾ des réserves mondiales ! Le pays en produit 24 millions de tonnes dont plus de la moitié est exportée à l’état brut surtout vers l’Europe occidentale. Le Maroc est le premier exportateur de phosphates au monde.
Le Maroc est également le 2e exportateur mondial d'agrumes et d'huile d'olive. 

Le désert

Avec ses côtes atlantique et méditerranéenne, l’ensoleillement important, la beauté des paysages, le désert au sud du pays, les villes impériales, l’activité artisanale, le Maroc possède de nombreux atouts et le tourisme est la deuxième source de revenu du pays, rapportant près de 3 milliards d'euros. Entre sept et huit millions d’étrangers visitent le Maroc chaque année, mais malgré l’engouement pour les ryiads et plusieurs plans de développement au niveau national, l’objectif d’arriver à attirer 10 millions de touristes en 2010 ne sera vraisemblablement pas atteint.

 

Autre manne importante : les entrées des travailleurs émigrés. Près de trois millions de Marocains vivent hors de leur pays, principalement en France (800 000), aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne. Ces MRE (Marocains Résidant à l’Etranger) gardent cependant des liens étroits avec leur pays et envoient chaque année à leur famille une partie de leur épargne, dont le montant est estimé à 3 milliards d'euros, soit plus que l’ensemble des exportations de phosphates et de produits agricoles !  

L’artisanat marocain est remarquable par sa diversité : bois, argent, fer, cuivre, cuir, terre, laine dont les fameux tapis qui occupent une large place dans les exportations. Deuxième employeur après l'agriculture, l’artisanat marocain représente 19 % du PIB mais le secteur traverse une période difficile. Il peine en effet à attirer les jeunes, qui préfèrent se lancer dans des métiers plus rémunérateurs et subit le manque d'intérêt de la clientèle traditionnelle (marocaine).

 

Grâce à sa situation géographique, le Maroc est l’un des pays arabes dont le commerce est le plus étroitement lié à la Communauté européenne : près de 70% des échanges actuels s’effectuent avec l’Europe, principalement avec la France. Toutes les grandes entreprises, banques et sociétés d’assurance occidentales sont présentes sur le marché marocain. Le Maroc s'est vu octroyer en 2008 un "statut avancé" auprès de l'Union Européenne; la suppression des droits de douane entre l’Europe et le Maroc est prévue en 2012, bien que les réformes nécessaires pour la mise au niveau avec l’économie européenne tardent… 

Malgré tout ces atouts, la population marocaine vit mal et surtout très inégalement. Il faut dire qu'en 20 ans, la population marocaine a doublé pour atteindre environ 33 millions actuellement, dont la moitié a moins de 25 ans ! Le pays vit un développement à deux vitesses : une modernisation accélérée dans les villes et la pérennité des archaïsmes dans les campagnes.
Les disparités de revenus sont énormes, l’éventail des salaires varie de 1 à 1000, phénomène classique des pays en voie de développement. Le salaire minimum est fixé à 1850 Dirhams par mois (166 euros) et 20% des Marocains consomment près de la moitié de la richesse nationale. Le chômage touche environ 10% de la population, dont le quart des jeunes diplômés, avec un fort écart entre la ville (18%) et la campagne (4%). Le pourcentage des pauvres augmente, et dans les grandes agglomérations, bidonvilles et villas luxueuses se côtoient non sans une certaine tension. Le système de santé publique est inadapté et 9 Marocains sur 10 n’ont pas de couverture sanitaire. Le système de soins est à deux vitesses : cliniques privées de niveau européen pour les riches, et hôpital public qui manque de tout et où soins et médicaments restent payants. Le système de retraites demeure très insuffisant lui aussi.

 

Caritas Maroc apporte écoute et soutien matériel aux personnes les plus démunies, dans le but de les rendre autonomes et responsables. Fondée en 1958, la structure comprend une cinquantaine de bénévoles et collabore avec les associations locales partageant le même objectif pour soutenir leurs projets de formation, d’alphabétisation, de socialisation et de soins de santé. Caritas est présente dans plusieurs villes du pays : Agadir, Marrakech, Rabat, Tanger, Mohammedia et Casablanca, avec des problématiques bien différentes selon les régions. femme mendiante

Caritas Casablanca ouvre son local deux fois par semaine à des personnes de tous âges, marocaines ou sub-sahariennes qui viennent demander de l’aide. La petite équipe de Sœur Maria les reçoit individuellement, et s'efforce de comprendre leur situation avec l’aide d’une bénévole marocaine qui assure la traduction. Sur présentation d’une ordonnance récente, Caritas Casablanca peut aider à acheter des médicaments, toujours très chers, et chaque visiteur repart avec quelques vêtements choisis dans le vestiaire. Les femmes sont les plus nombreuses à venir, souvent envoyées par leur mari ou leurs frères restés à la maison. Les handicaps physiques sont légion par manque d’accès aux soins. Le fatalisme ambiant ne pousse pas ces personnes à faire reconnaître leurs droits et l’analphabétisme contribue à leur ignorance. Il y a les habitués qui passent régulièrement au local mais surtout beaucoup de nouveaux venus de tous horizons, envoyés par le bouche à oreille, et pour lesquels Caritas est souvent le dernier recours. L'équipe d'accueil s'efforce de les diriger vers les services municipaux ou associatifs dont ils ont besoin et gère au mieux les situations urgentes. Les visiteurs sont toujours plus nombreux, signe que malgré le développement économique du pays, la pauvreté est une réalité qui perdure au Maroc...

Commenter cet article