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Le fléau des petites bonnes au Maroc

6 Octobre 2009, 19:48pm

Publié par claire salles

 

 
Quelques 600 000 enfants, soit 11 % des enfants âgés de 6 à 15 ans, travaillent au Maroc. Parmi eux, entre 60 000 et 80 000 fillettes sont employées comme domestiques ou « petites bonnes » chez des particuliers.
"Les petites bonnes représentent 72% des enfants qui travaillent dans les villes au Maroc", avoue une étude gouvernementale. Selon l'organisation "Human Rights Watch,"ce chiffre représente l'un des taux les plus élevés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. En Egypte, ce taux est de 6 % et fait scandale.". Le rapport de HRW rendu public en 2006 a pointé du doigt les autorités marocaines qui tardent à endiguer cette forme de traite humaine.

 

Le sujet est revenu à la Une des journaux marocains au cours de l’été 2009: la petite Zineb, 11 ans, a été hospitalisée le 20 août dernier suite à des sévices perpétrés par ses employeurs. La petite fille a été brûlée à l’huile bouillante, au fer rouge, et a subi des agressions sur ses parties intimes, selon une source médicale. Le procès de ce couple de la classe moyenne est en cours depuis la mi-septembre à Oujda, dans le nord-est du pays. Plusieurs associations marocaines dont Insaf (cf Un avenir pour les jeunes mères célibataires marocaines ) sont montées au créneau pour condamner le travail des enfants de moins de 15 ans et espèrent que cette affaire accélérera la mise en place d’un cadre juridique strict sur ce point.

Souvent victimes de maltraitance physique et morale autant que d’exploitation économique, les petites bonnes
marocaines travaillent comme domestiques de 14 heures à 18 heures par jour pour un salaire mensuel compris entre 200 et 300 Dirhams (20 à 30 euros), sans jour de repos. Elles avouent les nuits passées à la cuisine, le travail sans répit, le manque d’éducation, de nourriture et de soins médicaux appropriés, les punitions courantes et autres violences physiques ou verbales.
Dès 2002, le rapporteur spécial des Nations Unies chargé du droit des enfants avait affirmé qu'il y avait au Maroc “un taux élevé de viols et de mauvais traitements des petites bonnes”.

La situation ne semble guère s’améliorer depuis, pour plusieurs raisons :

 

Ces jeunes filles et leurs parents considèrent le travail domestique chez un employeur comme une alternative à l'école, et non comme une activité complémentaire. En effet,  l'absentéisme des enseignants, la violence en classe, l'éloignement du collège, l’absence de sanitaires sont les premières raisons qui poussent les filles du monde rural à quitter l'école dès la fin du cycle primaire et à se réfugier dans le travail, quel qu’il soit(cf L'enseignement public en crise au Maroc ).

En 2005, le Roi Mohamed VI a lancé l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), qui permet de verser des fonds pour construire des écoles et des logements sociaux. De nombreuses associations locales prennent le relais sur le terrain pour promouvoir la scolarisation des enfants par la mise en place de transports scolaires et de foyers d’hébergement pour les collégiennes notamment.

 

Les textes contre l’exploitation des enfants existent au Maroc, mais ne sont pas appliqués. Selon la convention des Droits de l'enfant ratifiée par le Maroc, “un enfant ne peut occuper un travail à partir de 12 ans que dans un cadre familial et dans des conditions saines”, et “le travail des enfants de moins de 14 ans n'est autorisé que par intermittence, après l'école”. Le Code du travail marocain, né après des décennies de tractations le 8 décembre 2003, n'autorise les moins de 16 ans à “travailler que 10 heures par jour, dont une heure de pause”. Or, il ne s'agit, dans cette clause, que de travail agricole, industriel ou artisanal.
Un texte de loi était prévu en décembre 2005 pour les travailleurs domestiques, mais il est resté en ballottage entre les ministères.

En attendant, cet esclavagisme moderne profite du vide juridique.

 

Soumises à leurs employeurs, ces petites filles sont également prisonnières d'un système d'intermédiaires : les samsara sont les seuls contacts directs de ces bonnes, mais puisqu’intéressés, ils ne peuvent les protéger des abus de leurs employeurs. Même lorsqu'elles veulent fuir leur destin, les intermédiaires leur brouillent les pistes et les empêchent de retourner chez leurs parents.


Elles sont par ailleurs victimes d'un système judiciaire défaillant et injuste. Les procès sont rares, d'autant qu'il faut deux témoins pour prouver le tort causé à la petite bonne par son employeur. Toujours selon HRW, la police, le ministère public et les juges font rarement appliquer les clauses du Code Pénal sur les abus contre les enfants domestiques. Le gouvernement doit combattre des habitudes ancrées dans la société marocaine depuis de longues années …

 


L’Etat marocain se heurte aux mentalités – la pratique de l’esclavage est tolérée par le Coran – autant qu’à la logique économique du pays, car beaucoup d’emplois non déclarés seraient susceptibles de disparaître s’ils devenaient illégaux.

Le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité piloté par madame Nouzha Skalli vient de finaliser un projet de loi sur l’emploi des enfants de moins de 15 ans prévoyant de lourdes sanctions contre les employeurs, mais aussi contre les parents et les intermédiaires. L’objectif de la ministre est ambitieux : « zéro petite bonne en 2010 » ! Les associations marocaines espèrent que l'affaire de la petite Zineb servira d'exemple.

Le Ministère de l’Emploi quant à lui vient d’élaborer une autre projet de loi sur le travail domestique désormais soumis à la signature d’un contrat.
Les deux textes auraient été mis dans le circuit législatif en mai 2009.

 

Une actualité à surveiller…  

 

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