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Vers la bancarisation du micro crédit au Maroc

9 Février 2009, 16:51pm

Publié par claire salles

Choisi par l’ONU pour le lancement de l’année internationale du micro crédit en 2006, le Maroc a la chance d’être à l’avant-garde dans ce domaine. Le secteur de la micro finance a en effet connu un essor remarquable au Maroc durant la dernière décennie pour atteindre plus d’un million de bénéficiaires fin 2006 (sur une population totale de 30 millions). Le modèle adopté est calqué sur celui de la banque Grameen au Bengladesh, créée par Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix en 2006.

Le micro crédit se substitue à l’insuffisance actuelle du système bancaire marocain qui touche seulement 25% de la population. Il doit aussi se substituer aux formes de crédit informel qui existe dans les campagnes (système des tontines). Il intègre également des programmes de formation et d’accompagnement. Le secteur est constitué de 13 Associations de Micro Crédit (AMC) de différentes tailles, dont les trois plus importantes sont : Al Amana, Fondation Zakoura Micro Crédit, Fondation Banque Populaire Micro Crédit.
L’accroissement rapide du nombre de candidats au crédit et la multiplication des prêts créent une véritable concurrence entre les AMC. La Fédération des Associations de Micro Crédit (FNAM) a été instituée dans le but de rationaliser les activités et de proposer un interlocuteur unique porte-parole de tout le secteur. Son nouveau directeur s’est fixé comme objectif d’atteindre cinq millions de bénéficiaires du micro crédit en 2012.

Avec l’explosion du marché du micro crédit au Maroc, de nouvelles problématiques apparaissent :
• Le manque d’homogénéité du secteur : l’inégal accès au crédit entre petites et grandes associations fait que le secteur croît à deux vitesses.
• Des études récentes démontrent que les plus pauvres ne bénéficient pas de la micro finance en réalité. Pourquoi ? Le souci de pérennité, les taux d’intérêt élevés, les exigences de garanties ont poussé les organismes de micro crédit à concentrer leur action dans les zones économiquement viables, c’est-à-dire les villes et leur périphérie. Or, les cibles prioritaires sont majoritairement dans les campagnes.

• La pratique des crédits croisés (client empruntant à une AMC pour rembourser la somme prêtée par une autre AMC), entraîne la multiplication des cas de surendettement des ménages. Le président de la FNAM veut lutter contre ces crédits croisés en créant une Centrale des risques permettant de vérifier si le bénéficiaire du prêt a contracté des emprunts auprès d’autres associations. Cependant sa mise en place requiert l’adhésion de toutes les AMC.
• Le micro crédit est par essence un produit solidaire : le crédit est accordé à un groupe de personnes qui sont solidairement responsables. Cependant, il évolue de plus en plus vers des personnes individuelles en dehors de tout cautionnement, ce qui modifie l’esprit même du système. Des nouveaux produits comme la micro assurance ou la micro prévoyance sont désormais à étudier par les AMC, avant que les grandes banques, très alléchées, ne prennent le marché.
• Pour être à la hauteur de ces défis, certains opérateurs ne veulent plus se contenter de créer des associations, mais cherchent un statut plus avancé comme celui des banques, qui leur permettrait d’être mieux outillés financièrement pour toucher des populations qui sont actuellement exclues de ces crédits, et d’offrir de meilleurs services.

La Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE) a lancé en 2008 un audit national du micro crédit dans le pays, dans le but de proposer un modèle de statut des AMC le mieux adapté possible au cas marocain. 
Le Maroc se prépare en fait à l’évolution du secteur de la micro finance vers le secteur bancaire dès cette année. L’objectif est clair : atteindre un taux de bancarisation de 40 à 45% d’ici à 2015. Cette bancarisation progressive va modifier la pratique du micro crédit. Ne risque t-elle pas d'en modifier la finalité-même ? Ou peut-elle au contraire lui donner un second souffle ? 
L'avenir le dira...

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