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Un avenir pour les jeunes mères célibataires marocaines

2 Février 2008, 22:50pm

Publié par claire salles

 
Au Maroc, de nombreuses femmes, souvent très jeunes, voient leur vie basculer quand elles attendent un enfant sans être mariées. Parfois violées, souvent abusées et abandonnées, elles sont ensuite rejetées de leur famille ou en fuite par crainte de représailles et se retrouvent dans la rue sans aucune ressource. Lorsqu’elles échappent à la prostitution, ces jeunes femmes envisagent souvent l’abandon de leur bébé voire l’infanticide pour préserver leur dignité et celle de leur famille, et retrouver la sécurité du foyer familial.
Chaque année à Casablanca, environ 5000 mères se retrouvent seules avec leur bébé, sans ressource et sans secours...

Des professionnels, médecins, avocats, juristes, architectes, gestionnaires, ont décidé d’agir, chacun dans sa branche, et de s’unir en 1999 en créant l’association INSAF (Institution Nationale de Solidarité avec les Femmes en Détresse) qui signifie « équité » en arabe. L'association a été reconnue d’utilité publique en 2002.
 
Sa vision ? Participer à l’avènement d’une société qui garantit à chaque femme et chaque enfant le respect de ses droits dans un environnement digne et responsable.
 
Son objectif ? Contribuer au développement du Maroc et à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion à travers :
-        - la prévention de l’abandon des enfants par le soutien à la formation et à la réinsertion socioprofessionnelle des mères célibataires,
-        - la sensibilisation de la société à la scolarisation obligatoire et à la lutte contre le travail des enfants, surtout des petites filles,
-        - la défense des droits des femmes et des enfants à la dignité et à la citoyenneté.
 
La priorité d’INSAF est la lutte contre l’abandon des enfants et la réintégration familiale
(avec la famille de la mère et avec le père de l’enfant) et socioprofessionnelle des mères célibataires.
 
La méthodologie de l’association consiste à responsabiliser ces jeunes mères en favorisant leur participation active, pour préserver leur dignité sans les couper de la réalité ni leur offrir une assistance infantilisante. Un centre d’hébergement construit grâce à des dons dans un quartier populaire de Casablanca peut accueillir une vingtaine de mères rejetées de leur famille et sans domicile fixe, et autant de bébés. Elles bénéficient dans ce foyer d’un accompagnement pré et post natal, d’une prise en charge médicale et d’un soutien psychologique. La famille d’origine de la maman et le père biologique de l’enfant sont contactés afin d’essayer de réinsérer la mère et son enfant dans leur milieu familial. INSAF s’efforce également de régulariser la situation administrative de la maman et de son enfant. 
 
Pendant leur séjour - de 6 mois en moyenne - dans ce centre, les jeunes femmes reçoivent une éducation civique, sanitaire et juridique de base, des cours d’alphabétisation, undefinedainsi qu’une formation professionnelle accélérée en couture, cuisine, puériculture, coiffure, arts ménagers ou informatique. Elles sont ainsi guidées vers l’autonomie et l’association appuie leur recherche d’un emploi rémunéré stable (ou une orientation vers des micro crédits quand les femmes ont un projet professionnel précis), quand elles quittent le foyer aux 6 mois de leur enfant. La maman est aussi accompagnée dans sa recherche d’un logement et d’une place en crèche pour placer son enfant pendant ses heures de travail. Afin de pouvoir suivre leur intégration, INSAF leur offre depuis 2007 un soutien médical, alimentaire et moral jusqu’aux six ans de l’enfant.

Ayant constaté que ces jeunes mères célibataires étaient très souvent des petites bonnes  (cf Le fléau des petites bonnes au Maroc ) travaillant parfois dès l’âge de six ans, INSAF a entrepris de lutter aussi contre l'exploitation des petites filles. Au Maroc, ce problème est lié aux mentalités plus qu'à la pauvreté, et les lois interdisant le travail des enfants existent mais ne sont pas appliquées. INSAF a donc entrepris une vaste opération de sensibilisation de l’opinion publique dans tout le pays, et a mis au point depuis 2006 un système de parrainage des petites filles pour les réinsérer et les scolariser.
 
L’équipe de vingt salariés permanents, dont cinq sont des jeunes femmes ayant bénéficié du programme de soutien d’INSAF, est soutenue par des vacataires et des bénévoles impliqués, ainsi que des professionnels. Les dons proviennent en majorité d’organismes internationaux, d’ONG, d’entreprises privées et publiques, de collectivités locales, de personnes physiques ou de mécènes. INSAF reçoit très peu d'aide du gouvernement marocain et fonctionne en partenariat avec d’autres associations (Terre des Hommes, Solidarité Féminine, Médecins sans Frontière, SOS Villages, la Goutte de Lait…) afin de créer des synergies pour agir plus efficacement contre la pauvreté et l’exclusion.
 
Depuis sa création en 1999, 2000 mères et 2000 bébés ont bénéficié d’une prise en charge par INSAF. En 2005, l’association a été nommée Organe Consultatif des Nations Unies.
INSAF projette de créer un deuxième centre d’hébergement de façon à doubler sa capacité d’accueil, ainsi qu’une crèche pour accueillir les enfants de ces jeunes femmes jusqu’à leurs trois ans. 
 
La Présidente fondatrice d’INSAF, Mériem Othmani, ainsi que la jeune directrice du centre d’accueil font ensemble un travail remarquable qui s’inscrit dans la philosophie du développement humain durable et l'association est réputée au Maroc pour sa gestion exemplaire. 
 

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