Confronté depuis quelques années à l’explosion de sa demande énergétique et de sa facture pétrolière, le Maroc souhaite sécuriser son approvisionnement en misant
sur la diversification des sources d’énergie avec le charbon, le gaz naturel, mais surtout l’éolien et le solaire.
Le Maroc reste dépendant à plus de 95% de ses besoins énergétiques, avec notamment l’importation massive de pétrole. Lors de la flambée des prix du baril en
2008, le pays a vu sa facture énergétique atteindre les limites du tolérable : plus de 60 milliards de dirhams (6 milliards d’euros) ! Le Maroc a pris conscience de la nécessité de réduire sa
consommation de pétrole et d’améliorer son efficacité énergétique.
La consommation d’électricité du pays a plus que doublé depuis 1990, avec le développement économique et l’électrification du monde rural. Alors que la demande
électrique augmente de 8% par an, le déficit des capacités de production, de transport et de distribution a obligé le Maroc à doubler ses importations d’électricité depuis 5 ans (essentiellement
depuis l’Espagne).
Par ailleurs, en adhérant au Protocole de Kyoto, le Maroc s’est engagé à contribuer à la réduction de l’émission de gaz à effet de serre.
Pour ces deux raisons – économique et environnementale – le Maroc a décidé de se tourner vers les énergies renouvelables et s’est doté d’un Plan
Energie en 2009, dont l'objectif est clair : en 2020, c’est-à-dire dans 10 ans, un quart de la production énergétique nationale sera assuré par des énergies renouvelables. Pour
cela, le Maroc mise sur ses deux atouts principaux : le soleil et le vent.
L’énergie solaire, une option à long terme
Avec 3000 heures
d’ensoleillement par an, le Maroc dispose d’un potentiel solaire considérable. Le pays entend exploiter massivement cette énergie propre et renouvelable. Un ambitieux Plan
Solaire a été créé en novembre 2009, orchestré par une nouvelle Agence Marocaine de l’Energie Solaire (MASEN). Ce Plan prévoit la construction de 5 parcs solaires d’une superficie
totale de 10 000 hectares, pouvant produire 2 000 MW, l’équivalent de la consommation annuelle de la ville de Casablanca. Ces stations permettront de couvrir 40% des besoins électriques du pays.
La première centrale est prévue à Ouarzazate et devrait être opérationnelle en 2015.
Ce Plan Solaire intervient alors que les pays européens s’intéressent de plus en plus au potentiel solaire des pays du Maghreb. La région du Sahara a en effet été
identifiée comme porteuse du plus gros potentiel d’énergie solaire et éolienne du monde. Le projet Désertec, d’origine allemande, ambitionne d’exploiter l’ensoleillement
du Sahara pour couvrir 15% des besoins européens en électricité en 2025. Mais son coût pharaonique et les difficultés techniques pour transporter l’énergie mettent en doute sa viabilité. Le
Plan Solaire Méditerranéen lancé par Nicolas Sarkozy en 2008 prévoit de développer des projets de centrales électriques utilisant des énergies renouvelables sur les
rives sud et est de la Méditerranée. Il devrait être effectif dès 2011. De nombreux programmes ont d’ores et déjà été développés au Maroc, notamment des
installations de panneaux solaires en zone rurale, permettant déjà à 3 700 villages d’être éclairés grâce au solaire.
L’énergie éolienne, la priorité
Alors que la production d’énergie
solaire à grande échelle se heurte encore à des problèmes de coûts, l’énergie éolienne au Maroc semble promise à un bel avenir, grâce à des conditions climatiques et géographiques idéales : des
vents réguliers et 3 500 kms de côtes ! Il existe déjà trois parcs éoliens en service à Tanger, Tétouan et à Essaouira. Le gouvernement marocain a identifié 14 sites propices à l’installation
d’éoliennes, pour produire plus de 1 000 MW.
Récemment, le programme EnergiPro, destiné à encourager l’autoproduction à partir des énergies renouvelables, a connu une accélération.
Trois nouveaux parcs éoliens vont être créés, à Tarfaya, Laâyoune et Essaouira, qui devraient contribuer à l’autosuffisance électrique de ces régions. Notez que le cimentier Lafarge a lancé dès
2005 son propre parc éolien à Tétouan, pour subvenir aux besoins de son site industriel.
L’énergie éolienne, comme le solaire d’ailleurs, est envisagée comme source d’énergie pour faire fonctionner les usines de dessalement d’eau de mer, très
consommatrices d’énergie, mais qui pourraient apporter une aide substantielle à des régions en situation régulière de stress hydrique.
Le gaz naturel gagne du terrain, mais il n’est pas la priorité du Plan Energie marocain, à cause du coût des infrastructures nécessaires à son
transport (gazoducs). Le gaz naturel contribue à hauteur de 13% de la production nationale, un chiffre qui devrait cependant passer à 23% en 2020.
L’hydro-électricité, dont la part ne cesse de baisser dans le bilan national, pourrait s’avérer cependant intéressante après les deux hivers exceptionnellement pluvieux qui
ont permis le remplissage de tous les barrages du pays.
En
attendant, le charbon, peu cher et abondant sur les marchés, restera à moyen terme au cœur du système énergétique marocain. Les centrales thermiques au charbon, même polluantes,
assurent déjà la majorité de la production d’électricité nationale.
La nécessité d'optimiser la consommation d’énergie nationale
Pour atteindre ses objectifs et faire face à l’accroissement exponentiel de la demande énergétique, le Maroc devra diversifier ses sources, mais aussi - et c’est
capital – optimiser sa consommation d’énergie. Des mesures incitatives devront être mises en place comme l’utilisation d’ampoules basse consommation, l’efficacité énergétique dans la construction
des bâtiments, l’installation systématique de chauffe-eau solaires…
Le gouvernement marocain a lancé Inara, un ambitieux programme pour inciter à une utilisation rationnelle de l’énergie, et s’est fixé
comme objectif d’améliorer de 12% l’efficacité énergétique du Maroc d’ici 2020.
Une charte nationale de l’Environnement et du Développement durable devrait être signée le 22 avril 2010, à l’occasion de la journée mondiale de la Terre dont
la cérémonie officielle aura lieu à Rabat.